Un assassinat et un patronyme énigmatique

Une petite famille au pays du Merlerault

Jacques BEAUDRY et Marie Désirée LABUTE se sont mariés en 1833 à La Genevraie, petite commune du canton du Merlerault (Orne), qui compte à l’époque 490 habitants. Le pays du Merlerault est situé entre Argentan et L’Aigle; c’est le pays du cheval, avec ses nombreux haras, non loin du Haras du Pin.

Au moment de son mariage, Jacques BEAUDRY a 24 ans. Il est né en 1808 à St-Aubin de Bonneval (près du Sap, à la limite de l’Orne et du Calvados), fils de André BEAUDRY, laboureur et de Anne Elisabeth AUBERT. Il est l’aîné d’une fratrie de 5 enfants et, en 1833, il est domestique à Echauffour.

Marie Désirée, fille de Jean LABUTE et de Marie EDET, a 18 ans lors de son mariage. Elle est fileuse et vit à La Genevraie avec ses parents.

Le couple va s’installer dans le petit village des Authieux-du-Puits (207 habitants en 1806), et c’est là que vont naître leurs trois filles : Augustine Désirée Armandine, née en 1837, Rosalie Alcide, en 1840 et Delphine Azéma en 1845.

Au recensement de 1851, ils habitent le lieu-dit des Parcs Forget, en bordure de la grande route de Paris à Granville. Jacques est « entrepreneur en routes » et Marie Désirée est « cafetière ». Ils sont propriétaires et jouissent donc d’une stabilité et d’une certaine réussite sociale au sein de la petite communauté villageoise des Authieux. Pour autant, tout ne va sans doute pas pour le mieux au sein de ménage…

Pays du Merlerault
Source : Géoportail / Carte de Cassini

Un assassinat et une condamnation

Le 7 octobre 1854, deux habitants des Authieux-du-Puits, Charles François BUISSON et Louis Pierre PANTHOU, viennent déclarer à la mairie du village le décès de Marie Désirée LABUTE, épouse de Jacques BEAUDRY, âgée de 40 ans. Ils ont trouvé et identifié son corps vers 8 heures du soir sur la grande route de Paris à Granville, et ils indiquent qu’elle a été assassinée.

Les soupçons concernant l’auteur de cet assassinat se sont portés rapidement vers le mari de la victime. Des preuves et des aveux ont sans doute été obtenus rapidement car l’instruction de l’affaire a été rondement menée. Dès janvier 1855, Jacques BEAUDRY comparaît devant la cour d’Assises de L’Orne, à Alençon, pour répondre de l’assassinat de son épouse. Que s’est-il passé exactement et pour quelles raisons Jacques BEAUDRY a-t-il commis ce crime ? Nous ne le savons pas car le dossier d’instruction et le jugement ne figurent plus dans le dossier de la session d’Assises qui est conservé aux Archives départementales de L’Orne. Toujours est-il que le 12 janvier 1855, Jacques BEAUDRY est condamné aux travaux forcés à perpétuité et va donc être envoyé au bagne pour purger sa peine. Il n’a pas formé de pourvoi en cassation et sa condamnation est donc devenue définitive quelques jours après le procès.

Après sa condamnation, Jacques BEAUDRY a été conduit tout d’abord au bagne de Brest où il arrive le 23 février 1855, sous le matricule n° 6124. Construit en 1750-51, le bagne de Brest est une immense construction de 250 mètres de long qui domine le port et qui peut abriter jusqu’à 3 700 forçats.

Bagne de Brest
Source : Archives départementales du Finistère / Collection cartes postales / 2 Fi 19/468

Sur « l’Extrait des matricules des chiourmes » concernant Jacques BEAUDRY, son signalement physique nous apprend qu’il mesure 1,73 mètre, qu’il a les yeux gris-bleus, les cheveux bruns grisonnants, une barbe châtain, une poitrine velue et une petite cicatrice près de l’oeil droit. Il lit et écrit « imparfaitement ». On apprend aussi que BEAUDRY a fait l’objet de quatre inculpations pour vols entre 1841 et 1844, mais qu’à chaque fois il a bénéficié d’un non-lieu.

Plus surprenant, au paragraphe concernant sa condamnation, ce même document mentionne « qu’il a été condamné pour avoir commis volontairement un homicide sur la personne de Marie Désirée CUCU, sa femme ». Ce patronyme est très surprenant puisque nous ne la connaissons jusqu’ici que sous le nom de LABUTE. Nous allons y revenir.

Pour Jacques BEAUDRY, Brest n’est qu’une étape avant de partir vers un bagne colonial. Le 7 août 1855, il est embarqué sur l’Armide, une frégate de 800 tonneaux construite en 1821 et qui avait été transformée en transport en 1853. Parti de Brest le 8 août, le bateau arrive à Cayenne le 27 septembre 1855. BEAUDRY est immatriculé sous le n° 3617 et le registre contient la même mention concernant sa condamnation pour le meurtre de sa femme, Marie Désirée CUCU.

Le bagne de Guyane a été créé par Napoléon III en 1852. Il comprend plusieurs pénitenciers différents dont celui de l’îlet La Mère (à 4 km au large de la côté guyanaise) qui peut accueillir 600 forçats. C’est là que Jacques BEAUDRY est détenu et dans les premiers mois il apprend le métier de journalier. Mais sa détention va tourner court : le 11 janvier 1856, juste un an après avoir été condamné à Alençon, il tente de s’évader de l’îlet La Mère. Tentative infructueuse, il est repris et réintégré au bagne le 13 janvier. Le 24 janvier, il décède à l’hôpital militaire de Cayenne. La cause de son décès n’est pas mentionnée mais on peut imaginer qu’il s’est peut-être blessé au cours de son évasion, qu’il a été blessé lors de son arrestation ou encore qu’il aurait subi quelque mauvais traitement après son retour au bagne (?). Son décès sera retranscrit sur le registre d’état-civil de St-Aubin de Bonneval (son lieu de naissance) le 20 août 1856.

Décès Jacques BAUDRY
Extrait de l’acte de décès – ANOM – Archives de Guyane – Cayenne – D 1856 vue 7

L’énigme du patronyme de l’épouse

Comment se fait-il que Marie Désirée que nous connaissons sous le nom de LABUTE soit désignée sous le nom de « CUCU » dans les registres des Bagnes de Brest et de Cayenne ?

Dans tous les actes d’état-civil qui la concernent (sa naissance, son mariage, la naissance de chacune de ses filles et son décès), elle est bien nommée LABUTE (parfois écrit LABUTTE).

Pour essayer de résoudre cette énigme, il faut en fait commencer par lire plus attentivement son acte de mariage : dans cette acte, l’épouse, Marie Désirée, est dite « fille mineure et légitime de Jean, dit LABUTTE, cantonnier, et de Marie EDET, son épouse ». Le père n’est donc pas Jean LABUTTE, mais Jean « dit » LABUTTE.

C’est dans l’acte de Mariage de Jean et de Marie EDET que l’on va trouver la solution : ce mariage a eu lieu le 19 pluviose an X (8 février 1802) à Sainte-Gauburge sur Risle (Orne). La désignation du marié est la suivante : « Acte de mariage de Jean, âgé de vingt quatre ans, né en ladite commune le septième jour de novembre mil sept cent soixante dix sept et y demeurant, profession de tisserand, fils naturel de Marie CUCU, demeurante en ladite commune, et d’un père inconnu ».

L’explication est donc simple et nous est confirmée par l’acte de baptême de Jean : il est fils naturel et, comme c’était souvent le cas sous l’Ancien Régime, il a été désigné lors de son baptême uniquement sous le prénom de Jean. C’est donc ainsi qu’on le retrouve à son mariage, comme Jean, fils de Marie CUCU. D’ailleurs, dans la table décennale des mariages de Sainte-Gauburge sur Risle, il n’a pas de patronyme et le mariage est inscrit à la lettre « J ».

Mariage Jean CUCU - TD

C’est donc entre son mariage en 1802 et la naissance de sa fille Marie Désirée en 1814 que va s’imposer l’usage de son surnom, « LA BUTTE », comme patronyme « officieux », mais que l’état-civil va néanmoins transmettre à sa fille. Ce n’est que lors du procès de son assassin en 1855 que le « vrai » patronyme de Marie Désirée, un patronyme qu’elle n’a jamais porté, va resurgir sous l’action des instances judiciaires.

La descendance…

Après le décès de leur mère et la condamnation de leur père au bagne à perpétuité, les trois filles du couple sont donc quasiment orphelines : en 1855, l’aînée, Augustine a 18 ans, Rosalie a 15 ans et Delphine en a 10.

L’un des frères de Jacques, Pierre BEAUDRY, est nommé tuteur de ses nièces. Jacques étant lui-même déchu de ses droits civils, c’est son autre frère, Jean-Baptiste, qui est nommé son tuteur et est chargé de le représenter.

En juillet 1855, alors que Jacques se trouve encore au bagne de Brest, Pierre BEAUDRY a engagé la vente de la petite propriété familiale aux Authieux-du-Puits. C’est un notaire du Merlerault, Maître LABBÉ, qui est chargé de vendre aux enchères le bien qui comprend une maison avec dépendances, cour, jardin et terres en labour, le tout d’une contenance de 1,60 hectare, en bordure de la route de Paris à Granville. La mise à prix est de 4 000 francs (environ 10 000 Euros d’aujourd’hui). On suppose que cette vente aura permis de subvenir aux besoins des fillettes au cours des années suivantes.

Parmi les trois enfants, on sait que la seconde, Rosalie Alcide BEAUDRY s’est mariée à Paris en mai 1862 avec Paul Modeste DRODELOT. Elle a alors 21 ans et elle est couturière dans le 15è arrondissement.

Le parcours de Henri SIMON pendant la Grande Guerre : (4) Le 19è bataillon de Chasseurs à pied

En septembre 1916, cela fait déjà deux ans que la guerre a commencé et que tous ces pauvres bougres souffrent dans les tranchées, y voient mourir leurs camarades, sans autre perspective que de durer en attendant de peut-être finir là aussi, à leur tour.

Rétabli de la blessure qu’il a subie fin juin à Vaux-Chapitre, Henri SIMON est désormais affecté au 19è bataillon de Chasseurs à pied. Il est agent de liaison au sein de la 2è Compagnie de Mitrailleuses (C.M. 2).

Le 19è BCP appartient à la 127è Division d’Infanterie qui comprend également, à l’automne 1916, trois autres régiments de chasseurs à pied (25è et 26è et 29è BCP), deux régiments d’infanterie (171è et 172è), un escadron de cavalerie (du 9è régiment de chasseurs à cheval), plusieurs groupes d’artillerie et 2 compagnies du 10è régiment du génie. Le chef de corps du 19è BCP est le commandant Ducornez.

Début septembre, la 127è D.I. est envoyée dans la Somme où ses différentes unités arrivent entre le 7 et le 9 septembre dans les gares de Boves et de Saleux, au sud d’Amiens. Le 18 septembre, elle arrive dans le secteur qui lui est affecté, à Bouchavesnes, au nord de Péronne.

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Le parcours de Henri SIMON pendant la Grande Guerre : (3) Le 29è bataillon de Chasseurs à pied

C’est donc au début du mois de novembre 1915 que Henri SIMON rejoint le 29è bataillon de Chasseurs à pied (BCP).

Créé en janvier 1871, en 1914 le 29è BCP est en garnison à Saint-Mihiel (Meuse), avec son commandement à Epernay. Il appartient à la 40è Divion d’infanterie. En août 1914, il a participé à différents combats en Lorraine, puis à Vaux-Marie (7 au 10 septembre) où les troupes françaises ont arrêté la 5è armée allemande. Le bataillon y a perdu plus de la moitié de son effectif. Il a ensuite participé à l’attaque du bois de Lamorville (avril 1915), puis à la bataille de Champagne (septembre 1915).

Historique 29è BCP
Journal des marches et opérations du 29è BCP

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Le parcours de Henri SIMON pendant la Grande Guerre : (1) Le 150è Régiment d’Infanterie

Le 150è R.I. a été créé sous le Premier Empire, sous le nom de 150è demi-Brigade. En avril 1915, lorsque Henri SIMON intègre cette unité, le commandant du régiment est le colonel de Chéron.

Depuis le début du conflit, le 150è R.I. a été fortement éprouvé; d’abord en Lorraine où il a pris part à l’offensive générale vers le nord-est, puis sur la Marne, en septembre, autour de Verdun et sur la Meuse. Après avoir été complété et reformé au début de 1915, le régiment est envoyé en Argonne, à l’ouest de Verdun.

Historique 150 infanterie - Couverture

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Le parcours de Henri SIMON pendant la Grande Guerre : (2) le 26è Régiment d’artillerie

Henri SIMON est affecté au 26è régiment d’artillerie (R.A.) lors de sa mobilisation, le 3 septembre 1914, quelques semaines après le début du conflit et quelques jours avant le début de la bataille de la Marne.

Le 26è R.A. qui était basé au Mans et à Chartres, constitue l’artillerie de la 7è division d’infanterie du 4è corps d’armée. En 1914, il est sous les ordres du colonel BERTRAND. Il est composé de 3 groupes comprenant chacun 3 batteries de canons, avec un effectif de 170 hommes et 168 chevaux.

Caserne 26è R.A. Le Mans
Caserne du 26è régiment d’artillerie au Mans – Source : www.chtimiste.com

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Henri SIMON, combattant de la Grande Guerre (1)

Pour mon premier article sur ce blog, j’ai choisi de parler de mon grand-père paternel, Henri Joseph SIMON qui, comme des millions d’autres hommes nés dans les dernières décennies du XIXè siècle, a fait partie de ces « poilus » de la guerre 14-18.

Il y a tout juste cent ans, au début de l’année 1918, cela fait déjà plus de trois ans qu’il est engagé dans cette fichue guerre qui n’en finit pas.

SIMON Henri père Continuer à lire … « Henri SIMON, combattant de la Grande Guerre (1) »